Conclusion

Le destin du Renault FT est l’un des plus fascinants de l’histoire militaire. En l’espace de quelques mois seulement, il est passé du statut de prototype expérimental à celui de rouleau compresseur de la victoire, changeant à jamais le visage de la guerre moderne.

Sur le plan purement opérationnel, le FT transforme radicalement la conduite des opérations à partir de mai 1918, notamment lors de sa première grande intervention à Ploisy-Chazelle. Contrairement aux doctrines précédentes qui utilisaient les blindés comme des béliers isolés, le FT est le premier char engagé en vagues massives et continues. Sa compacité lui permet d’être transporté rapidement par camions au plus près de la ligne de front, offrant un effet de surprise total, ce que les lourds Saint-Chamond et leurs homologues britanniques ne pouvaient assurer.

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Petits, légers, mobiles, puissants et employés en grand nombre, les FT vont bousculer durement les allemands sur leurs lignes

En action, le binôme char-infanterie devient une combinaison tactique redoutable. Le FT ouvre des brèches dans les barbelés, sature les lignes défensives allemandes par son feu permanent et protège la progression des soldats qui nettoient le terrain derrière lui. Leur supériorité numérique redonne à l’infanterie sa liberté de mouvement.

Pour les soldats allemands, déjà épuisés et sous-alimentés, voir surgir ces grappes de blindés agiles et blindés que leurs fusils ne peuvent percer brise définitivement le moral. Le FT n’a pas seulement accompagné la victoire française, il l’a grandement accéléré.

Pourtant, le triomphe absolu du FT en 1918 va se retourner contre l’armée qui l’a vu naître. La victoire agie comme un anesthésiant sur l’état-major français et la réflexion sur la doctrine des guerres futures n’est pas engagée. Pour les 2 décennies à venir, la doctrine restera figée et conservera l’emploi des chars comme subordonnés à l’infanterie.

Ce choix dogmatique va lourdement paralyser le développement des futurs blindés français des années 1930. Les successeurs directs du FT, comme le Renault R35 ou le Hotchkiss H35, hériteront de ses défauts : une vitesse trop faible, et, surtout, cette fameuse tourelle monoplace qui condamnait le chef de char à l’isolement et à l’épuisement en plein combat.

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Considéré comme le char de la Victoire pour avoir sorti les alliés de l'infâme guerre de position, le FT est aussi celui qui pose les bases d'un char de combat pour le siècle à venir

Il n’en demeure pas moins que le Renault FT reste le premier “char total”. En imposant sa silhouette et sa répartition tripartite (conducteur à l’avant, tourelle au centre, moteur à l’arrière), il a défini la matrice absolue dont seront issus tous les chars majeurs du siècle à venir. Un coup de maître industriel qui, sur les champs de bataille de la Der des Ders, a fait entrer l’art de la guerre dans l’ère moderne.