Au fil de sa production de masse qui dépassera 3500 exemplaires, le Renault FT va évoluer visuellement et techniquement. 2 critères majeurs permettant d’identifier la version d’un FT : la forme de sa tourelle et son armement.
Les tout premiers modèles sortis d’usines reçoivent une tourelle entièrement moulée, de forme circulaire, conçue par les ateliers Paul Girod. C’est une pièce remarquable, aux lignes fluides qui offre une excellente déflection aux projectiles ennemis. Cependant, le moulage de l’acier balistique est une technologie complexe et lente pour l’époque. Face à l’urgence du front, cette méthode crée un goulet d’étranglement dans la chaine de production.

Pour accélérer les cadences, la firme Berliet conçoit une alternative radicale avec la tourelle dite “Omnibus”. Finies les courbes, place aux angles. Cette nouvelle tourelle est octogonale et assemblée par le rivetage de plaques d’acier sur une armature en cornière. Plus simple à fabriquer, elle permet à des dizaines de sous-traitants de participer à l’effort de guerre.
Ces 2 modèles de tourelles vont cohabiter sur le champ de bataille, mais ils partagent la même coupole supérieure qui sert de dôme d’observation au chef de char.

La première grande configuration de combat répond au besoin de neutraliser les servants d’armes automatiques allemandes et de nettoyer les tranchées. C’est le FT mitrailleuse.
Il est équipé de la célèbre mitrailleuse Hotchkiss modèle 1914 de 8 mm. Cette arme refroidie par air grâce à ses gros disques en bronze caractéristiques à l’arrière du canon est alimentée par des bandes rigides de 30 cartouches ou comme il était fréquent dans le FT par des bandes articulées de 250 coups. A l’intérieur de la petite tourelle, l’espace est tellement restreint que le stockage demande une organisation militaire. Le char peut embarquer jusqu’à 50 bandes dans des casiers métalliques fixés aux paroies, pour un total d’environ 4800 cartouches.

Très vite, la mitrailleuse montre ses limites face aux abris bétonnées et aux plaques de blindage qui protègent les tireurs allemands depuis leurs tranchées. L’armée exige de la puissance de destruction. C’est le FT canon.
On installe dans la tourelle le canon court de 37 mm Puteaux SA 18. Cette arme à faible recul est parfaite pour la taille du char. Elle tire des obus explosifs capables de détruire les nids de mitrailleuses à distance de sécurité mais également des obus de rupture en acier plein capables de percer les plaques de blindage de l’époque.

La cadence de tir est très élevée, mais le chef de char doit charger manuellement chaque obus tout en gardant un œil sur sa cible. Le FT canon transporte à son bord un impressionnant stock de 237 obus, entassés dans les moindres recoins de l’habitacle, souvent juste à côté des jambes du tireur.

Dans les sections de chars en 1918, la doctrine impose un panachage rigoureux. On trouve généralement un FT canon pour 2 FT mitrailleuse. Les premiers ouvrant la voie en détruisant les fortifications pour que les seconds puissent attaquer les tranchées.
