Au lendemain de l’armistice du 11 novembre 1918, le char Renault FT est le roi incontesté du champ de bataille et n’a aucun équivalent dans le monde. La France dispose d’un stock gigantesque de milliers de chars. Cette situation de monopole va paradoxalement paralyser la réflexion militaire française pendant 2 décennies, transformant ce chef-d’œuvre technique en fardeau stratégique.

La fin de la guerre ouvre l’ère de l’exportation massive. Le FT est la référence absolue et façonne les premières réelles unités blindées de dizaines de nations travers le globe.
Les Etats-Unis produisent leur propre version sous licence, le Six-Ton Tank M1917, fabriqué à un peu moins de 1000 exemplaires. Le char s’exporte en Pologne, en Finlande, en Chine, au Brésil, en Espagne ou encore au Japon. C’est durant cette période que l’Italie en acquiert quelques exemplaires pour les étudier de près, jetant les bases mécaniques de son futur cousin, le Fiat 3000.
Le FT est de tous les théâtres d’opérations des années 20 et 30, de la guerre civile russe au conflit du Rif au Maroc. Toutefois, ces nouveaux conflits, plus mobiles, font apparaitre son défaut majeur : sa lenteur. Sa vitesse de 7 km/h, idéale pour accompagner les fantassins à pieds dans la boue de la Somme, devient un handicap total pour les guerres de mouvement à venir.

Pour y remédier, l’ingénieur Adolphe Kégresse propose d’installer son système breveté de chenilles souples en caoutchouc et en toile, renforcées par des plaques en métal. Les modèles Renault FT Kégresse, parfois désignés NC-1 ou NC-2, voient le jour.
Sur le papier, le gain est net. Le char dépasse les 15 km/h et offre un roulement beaucoup plus fluide. Mais dans la pratique, c’est une impasse technique. Les chenilles souples s’usent à une vitesse phénoménale, déchenillent fréquemment lors des virages serrés en terrain difficile et ne supportent pas le poids croissant des blindages requis pour faire face aux nouvelles armes antichars. Le projet est donc abandonné, laissant la flotte de FT avec ses vieilles chenilles rigides en acier et sa lenteur chronique.

En mai 1940, lorsque la Wehrmacht lance la Blitzkrieg à travers les Ardennes, l’armée française n’a pas réussi à remplacer la totalité de ses vieux précurseurs par des R35 ou des H35. Près de 500 Renault FT sont encore en ligne dans les unités de combat de seconde ligne, pour la garde des bases aériennes ou la défense des places fortes.
La modification principale concerne la version mitrailleuse. La vieille Hotchkiss de calibre 8 mm est désormais obsolète. On installe à la place la mitrailleuse Reibel Modèle 1931 de 7,5 mm, la même arme qui équipe les casemates de la Ligne Maginot. Elle se reconnait immédiatement à son chargeur tambour latéral caractéristique. Les versions canons, elles, conservent le vieux 37 mm Puteaux, qui est désormais totalement inefficace face aux nouveaux Panzer III et IV.

Face aux divisions blindées allemandes extrêmement mobiles, coordonnées par radio et agissant en meute, les équipages des FT 31 feront preuve d’un courage désespéré, mais leurs engins, conçus pour une autre époque, seront balayés ou capturés par centaines, marquant la fin brutale de l’histoire opérationnelle de ce petit char visionnaire.
