Au coeur de la mélée

Le 31 mai 1918, à Chaudun près de la forêt de Retz, le Renault FT fait une entrée fracassante dans la Première Guerre mondiale. Pour la première fois, l'Armée française n'aligne plus de lourds « cuirassés terrestres » poussifs, mais une nuée de blindés agiles lancés en soutien direct des poilus. L'effet de surprise chez les troupes allemandes est total. Face à ces engins bas et fuyants, l'artillerie adverse peine à régler ses tirs, tandis que les mitrailleuses ennemies s'enrayent sur le blindage de la petite tourelle tournante.

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Contrairement aux blindés lourds, les FT évoluent en "essaim", saturent les défenses ennemies et traitent les cibles depuis plusieurs directions

L'application des théories du général Estienne prend tout son sens : submerger la défense sous une « nuée de moustiques ».

Sur le terrain, la complémentarité des armements fait merveille. Les versions équipées du canon de 37 mm Puteaux réduisent au silence les nids de mitrailleuses abrités dans les cratères d'obus, tandis que les FT armés de la mitrailleuse Hotchkiss nettoient les tranchées et fauchent les contre-attaques. Grâce à sa tourelle orientable sur 360° et sa remarquable mobilité, le petit char s'insère dans les moindres replis du terrain, comblant enfin le fossé historique entre la puissance de feu et la progression de l'infanterie.

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Le FT introduit l'installation d'une tourelle pivotante à 360°, solution qui s'impose de facto sur l'immense majoritée des chars depuis

Mais la victoire a un prix élevé pour les équipages du « char de la Victoire ».

Isolés dans leur tourelle étroite, le pilote et le chef de char combattent dans une atmosphère asphyxiante, assourdis par le bruit du moteur quatre cylindres Renault de 39 chevaux. La visibilité famélique à travers les fentes de vision oblige souvent le chef de char à prendre des risques insensés pour guider son pilote, tout en lui tapant sur les épaules avec les pieds. Surtout, si le FT résiste aux éclats, il demeure très vulnérable aux tirs directs des pièces de 77 mm allemandes et aux nouvelles balles perforantes SmK, capables de traverser le blindage à courte portée.

Malgré ces pertes cruelles, le comportement du Renault FT lors des offensives de l'été et de l'automne 1918 scelle le sort du conflit. En devenant le principal artisan de la rupture des lignes ennemies lors de la bataille de Soissons et de la seconde bataille de la Marne, le FT démontre la suprématie du char léger produit en grande série.

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C'est finalement le plus court des engins blindés qui franchira définitivement les tranchées allemandes

Une démonstration de force éclatante qui, paradoxalement, va enfermer l'État-Major dans une certitude trompeuse pour les décennies à venir.


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