Sous sa carapace d'acier, l'A7V abrite une mécanique imposante portée par un train de roulement à trois chariots de cinq paires de galets, amorti par des ressorts hélicoïdaux verticaux. Ses chenilles de 52 cm de large offrent une surface de contact au sol de 4,25 , limitant la pression à 0,64 kg/cm². La transmission repose sur une architecture jumelée : le moteur droit entraîne le barbotin droit, tandis que le moteur gauche alimente le barbotin gauche, chacun disposant de son propre réservoir et circuit de refroidissement. Cette configuration rend le char nettement plus simple à piloter que ses rivaux britanniques. Pour virer, le chauffeur utilise un simple volant relié aux carburateurs : en le tournant vers la gauche, il accélère le moteur droit pour faire tourner la chenille correspondante plus vite. L'engin peut même pivoter sur place en inversant le sens de rotation de ses deux barbotins.

Installés sur une plate-forme surplombant les blocs moteurs, le chef de char et le pilote prennent place au cœur du blindé.
Leur vision sur le champ de bataille est assurée par un kiosque blindé par des plaques de 16 mm munies de fentes réglables par des volets articulés, même si un angle mort de 11 m subsiste à l'avant du char. Détail astucieux, la partie supérieure de ce kiosque peut être démontée pour réduire la hauteur totale du véhicule lors des transports ferroviaires. Le commandant dispose d'un système de transmission d'ordres novateur pour l'époque : un clavier électrique relié à des voyants lumineux blancs et rouges placés près des postes de tir pour signaler la mise en garde ou le déclenchement du feu. En appoint, plusieurs orifices fermés par des mantelets de 16 mm permettent un tir de défense rapprochée au revolver.
À la gauche du commandant, le travail du chauffeur relève du tour de force mental et physique.

Face à lui s'accumule une batterie impressionnante de commandes : deux pédales d'embrayage, deux leviers de freins, une manette de sélection des vitesses, le volant de direction et deux leviers d'inversion des barbotins. La mise en route des moteurs, toujours délicate, s'effectue au moyen de démarreurs électriques lancés à la manivelle.
Dans l'habitacle, la densité humaine atteint des sommets. Les deux artilleurs du canon de 57 mm et les douze mitrailleurs se partagent les compartiments avant et arrière, reliés par deux étroits couloirs longeant les moteurs. À ces quatorze combattants s'ajoutent deux mécaniciens chargés de surveiller la mécanique en temps réel, d'intervenir en cas de panne et capables de remplacer au pied levé le chauffeur ou un servant blessé.

Avec un équipage complet de dix-huit hommes entassés dans une chaleur étouffante et un vacarme assourdissant, l'A7V devient la caisse blindée la plus surpeuplée de toute la Première Guerre mondiale.
